Les écrits des chercheurs historiens, anthropologues, ethnologues spécialistes de nos traditions autour de la naissance et du maternage nous apprennent que le bébé et les jeunes enfants subissent au fil des siècles le poids d'un mode de vie empreint de religiosité, de rites et de pauvreté. Les petits mourraient nombreux en bas âge de maladie, d'épidémies ravageuses. Les rapports affectifs chastes entre mère et enfant étaient peu encouragés et désavoués même, les mises en nourrice fréquentes notamment pour les classes sociales aisées, les femmes de commerçants ou d'artisans des villes. Les enfants, embarrassés et contraints dans des maillots étroits, transportés au bras dans des linges ou des couvertures étaient souvent fragiles, malingres. Pour autant le bébé, dans l'imaginaire et les pratiques de la tradition populaire, n'était pas abandonné à un triste sort. Les usages de protection de son corps vulnérable étaient nombreux : crasse protectrice sur la peau, croûte de lait, bonnets superposés pleins de poux, collier d'ail, collier d'os et d'ivoire, médailles cousues, collier d'ambre...

La petite enfance se manifeste donc comme le lieu privilégié du vivant et du culturel et comme une période clé dans toutes les cultures et toutes les sociétés. Il s’agit d’assurer à l’enfant les conditions de sa survie et de sa croissance et de l’inscrire au sein d'une famille, d'un lignage, d'une communauté.

Situés souvent entre deux mondes, considérés inachevés, les nourrissons sont partout l’objet de protections particulières. Leur fragilité s’associe à une proximité de la mort. Ils appellent toutes les attentions pour les attirer du côté des humains, du côté de la vie. Il s’agit d'achever leur « humanisation », les façonnages du corps intégrant les toilettes, les massages ou encore l’emmaillotement.

 

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Référence de l'image : 08-522088/1936-2312-1-8 

Agence photographique de la réunion des musées nationaux

 

D'après une exposition de poupons emmaillotés lors de l' Exposition Universelle de 1889

Ce poupon vient du département de Vaucluse

Bonnet : en tissu molletonné blanc

Brassière : en tissu imprimé par dessus une brassière et une couche en toile blanche

Lange : carré de laine marron

Bande : toile grise jusqu'au buste dont les bras sont libres

 

Emmailloter est donc un gage de protection, de chaleur, le bébé peut être accroché à un clou et facilement surveillé. Cette pratique qui perdure longtemps est une contrainte pour le développement moteur et musculaire, ce que les médecins du XIXème siècle dénoncent vivement.

 

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Ailleurs...

 

 Chez les populations aymara et quechua de Bolivie, la période des trois premiers mois de la vie du nourrisson est marquée par la réclusion de sa mère. Celui-ci doit être emmailloté jour et nuit au risque de mettre sa vie en péril et, à plus long terme, de fragiliser son squelette. En tentant de se dégager de la ceinture qui l’entoure, celui-ci développe à la fois force physique et résistance symbolique face au malheur. L' emmaillotement permet également de transmettre aux femmes les droits et les devoirs d’une « mère accomplie » et d’une « épouse dévouée », ressorts de l’identité féminine. Négliger l’emmaillotement de l’enfant serait ainsi une menace pour la société toute entière. Tandis que l’enfant est un vecteur d’intégration et de reconnaissance sociale pour sa mère, il incarne aussi sa mise à l’écart potentielle de la société. Alors que l’enfant n’a pas encore le sentiment de sa propre identité, le façonnage de son corps est investi d’une fonction fondamentale : celle de reproduire l’ordre social et les relations entre les hommes et les femmes qui fondent la société.

 A lire : Le jeune enfant et son corps dans la société traditionnelle. Françoise LOUX, Paris, Flammarion, 1978.

 

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